Silba adipata McAlpine

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Auteur : François DROUET
Photographies : François DROUET

(sauf indications)
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Observations expliquant la non sensibilité d'une variété

 

 

 

CAS ETUDIÉ

J'ai observé dans mon jardin (région de Toulon) que le figuier de la variété espagnole unifère 'Cendrosa' n'est pas attaqué par Silba adipata McAlpine, alors que mes autres figuiers le sont fortement tous les ans. J'ai même noté qu'aucune attaque ne se produit sur les figues 'Cendrosa' encore immatures alors qu'il ne reste plus aucune figue sur les autres figuiers (la variété 'Cendrosa' est tardive et de maturité très échelonnée).

Des observations similaires m'ont été rapportées par Thomas et Vincent IDAS, qui ont établi une forêt fruitière en permaculture à Six-Fours (Var), et par Marc SCHAISON, collectionneur de figuiers à Draguignan (Var). 

Pour tenter d'expliquer la non sensibilité à Silba adipata McAlpine de la variété 'Cendrosa', j'ai voulu vérifier une remarque très succincte mais riche d'enseignement formulée par Filippo SILVESTRI dans son étude magistrale de la mouche noire du Figuier.

Référence : SILVESTRI F., 1917, Sulla Lonchaea aristella Beck. (Diptera : Lonchaeidae) dannosa alle infiorescenze e fruttescenze del caprifico e del fico, Bollettino del Laboratorio di Zoologia Agraria in Portici, vol.12, pp. 123 -146.

L'auteur indique en page 139 : " Toutes les variétés de figuier domestique et de caprifiguier ne sont pas attaquées, c'est le cas seulement pour celles à écailles grandes et quasi horizontales, pas pour celles à écailles courtes et rentrant dans l'ostiole".

J'ai donc longuement examiné à la loupe et par des photographies en gros plan la nature et la disposition des écailles ostiolaires sur les figues immatures de la variété non sensible 'Cendrosa'.

 

OBSERVATIONS

J'ai pu identifier trois configurations possibles de la région ostiolaire pour les figues immatures de la variété 'Cendrosa' : protubérante (photographies 1 à  4 ci-dessous), creuse (photographies 5 et 6), et grossièrement plane (photographies 7 et 8). 

Dans mes observations, j'ai considéré que l'écaille comprend la partie charnue verte adhérente et une pointe flottante, de couleur différente.

Dans les trois cas, j'ai constaté que les écailles ostiolaires ont une forme en chien de fusil, donc rentrent dans l'ostiole ou plongent vers lui, et que leur partie flottante terminale est très étroite.

Ce qui donne globalement une écaille courte et rentrant dans l'ostiole, en concordance avec l'observation générale de Filippo SILVESTRI.

La mouche femelle peut évidemment insérer son ovipositeur sous la pointe de certaines des écailles ostiolaires courtes. Mais, la taille de l'écaille ne permettrait pas de protèger complètement les oeufs, et, surtout, elle ne correspond pas au mode opératoire de la femelle Silba adipata McAlpine, qui cherche à placer ceux-ci le plus loin possible sous l'écaille.

Je peux vérifier régulièrement in situ, lors de mes observations de pontes, l'insistance de la femelle pour positionner son ovipositeur le plus profondément possible sous l'écaille avant de déclencher les mouvements caractéristiques d'expulsion de l'œuf. D'autre part, lors de la recherche sous stéréomicroscope des œufs ou des chorions (enveloppes d'œufs vides), je suis souvent en difficulté pour extraire et dénombrer ceux-ci, coincés dans le fond de l'intérieur de l'écaille où la femelle les a logés en forçant avec son ovipositeur.

 

Cas n°1 : région ostiolaire protubérante - Exemple 1.

Ficus carica 'Cendrosa' : figue immature avec région ostiolaire protubérante

Ficus carica 'Cendrosa' : région ostiolaire protubérante (exemple 1)

L'agrandissement photographique qui suit montre que les écailles ont une forme en chien de fusil et plongent dans l'ostiole. On voit sur les deux lécailles les plus au-dessus, que la partie terminale non adhérente de l'écaille est très étroite et que, même si l'ovipositeur peut être facilement inséré sous celle-ci, elle n'est pas suffisamment longue.

Ficus carica 'Cendrosa' : écailles ostiolaires courtes et rentrant dans l'ostiole (figue immature)

Ficus carica 'Cendrosa' : écailles ostiolaires courtes et rentrant dans l'ostiole (figue immature)

 

Cas n°1 : région ostiolaire protubérante - Exemple 2.

Ficus carica 'Cendrosa' : figue immature avec région ostiolaire protubérante

Ficus carica 'Cendrosa' : figue immature avec région ostiolaire protubérante (exemple 2)

L'agrandissement photographique qui suit montre qu'il est facile à la mouche d'insérer son ovipositeur sous la pointe flottante de l'écaille, mais que celle-ci est particulièrement étroite, rendant l'écaille de longueur insuffisante pour la ponte.

Ficus carica 'Cendrosa' : écailles ostiolaires courtes et rentrant dans l'ostiole (figue immature)

Ficus carica 'Cendrosa' : écailles ostiolaires courtes et rentrant dans l'ostiole (figue immature)

 

Cas n° 2 : région ostiolaire creuse.

Ficus carica 'Cendrosa' : figue immature avec région ostiolaire creuse

Ficus carica 'Cendrosa' : figue immature avec région ostiolaire creuse

Sur l'agrandissement photographique qui suit, on peut remarquer que toutes les écailles ostiolaires sont courtes, quel que soit leur niveau d'implantation dans le creux.

Ficus carica 'Cendrosa' : écailles ostiolaires courtes et rentrant dans l'ostiole (figue immature)

Ficus carica 'Cendrosa' : écailles ostiolaires courtes et rentrant dans l'ostiole (figue immature)

 

Cas n° 3 : région ostiolaire grossièrement plane.

Ficus carica 'Cendrosa' : figue immature avec région ostiolaire grossièrement plane

Ficus carica 'Cendrosa' : figue immature avec région ostiolaire grossièrement plane

L'agrandissement photographique qui suit montre des spécimens d'écailles particulièrement courtes, même si la région ostiolaire est grossièrement plane.

Ficus carica 'Cendrosa' : écailles ostiolaires courtes et rentrant dans l'ostiole (figue immature)

Ficus carica 'Cendrosa' : écailles ostiolaires courtes et rentrant dans l'ostiole (figue immature)
 

Remarque.

Compte tenu de la qualité des observations de Filippo SILVESTRI et de la crédibilité de celui-ci, ainsi que de mon expérience concrète du comportement de ponte de Silba adipata McAlpine, je n'ai pas de doute sur l'exactitude de l'observation de l'auteur et sur la concordance avec celle-ci du cas de la variété 'Cendrosa'.

Mais, en toute rigueur, je souhaite conditionner la validation définitive de l'ensemble à des observations directes de ma part de femelles pondeuses sur des figues immatures de la variété 'Cendrosa'.

 

RAPPROCHEMENT AVEC LES OBSERVATIONS DE TESTS DE FIGUES ET FAUSSES PONTES

L'absence de ponte par Silba adipata McAlpine dans les figues immatures des variétés à écailles ostiolaires courtes et rentrant dans l'ostiole me semble à rapprocher des phénomènes de tests de figues et de fausses pontes que j'ai observés, et que je rapporte dans un chapitre spécifique.

En effet, il se pourrait que la femelle pondeuse ne dépose pas ses œufs dans certaines des figues immatures d'une variété sensible à ses attaques, parce que celles-ci présentent des écailles ostiolaires trop courtes ou mal positionnées.

Si la détection de ces figues à délaisser s'effectue visuellement, on aurait l'explication (ou l'une des explications) du phénomène des tests de figues.

Si la détection d'écailles ostiolaires trop courtes s'effectue au toucher par l'ovipositeur, on aurait l'explication (ou l'une des explications) du phénomène des fausses pontes.

Dans le cas où, pour les fausses pontes, l'ovipositeur ne serait pas sorti, ou ne serait pas inséré sous une écaille, ce que je n'ai pas pu vérifier lors des observations, il est possible qu'au cours des allers-retours réalisés sur l'ostiole, la femelle réalise des reconnaissances visuelles successives des écailles ostiolaires qui ne l'incitent pas à passer à l'oviposition.

 

HYPOTHESE DE PORTEE GENERALE

L'étude du cas de la variété non sensible 'Cendrosa' et le rapprochement avec les phénomènes de tests de figues et de fausses pontes m'amènent à formuler une hypothèse sur la variabilité de la sensibilité aux attaques de Silba adipata McAlpine observée d'une variété de figuier à une autre.

L'explication en serait le pourcentage, constant pour une variété mais variable selon les variétés, de figues immatures qui satisfont à la longueur et à la disposition des écailles ostiolaires acceptées pour la ponte par Silba adipata McAlpine.

Des observations détaillées à venir valideront ou non cette hypothèse...

Etant souligné que, pour un verger, l'hypothèse ne concerne que l'incidence des variétés de figuier plantées.

Elle est sans conséquence sur les deux autres paramètres qui fixent avec celle-ci le niveau des attaques de Silba adipata McAlpine sur un verger : la localisation du verger et le niveau d'activité du ravageur pour l'année considérée.

Elle est également sans effet sur les critères propres à un figuier donné pouvant expliquer le niveau (voire l'absence) des attaques de Silba adipata McAlpine sur celui-ci : localisation de l'arbre dans le verger, mode de conduite (touffe, sur tronc, espalier), densité de la ramure.

 

 

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